Le coût social du bruit

16,2 milliards d’euros par an, c’est le coût social du bruit en Île-de-France.

Le Conseil national du bruit (CNB) et l’Ademe ont publié en juin 2016 les résultats de la première étude nationale portant sur l’évaluation du coût social du bruit en France qui s’élèverait à plus de 57 milliards d’euros par an !

Bruitparif a réalisé la déclinaison francilienne de cette étude et a abouti à un coût de 16,2 milliards d’euros par an attribuable aux nuisances sonores en Île-de-France soit 1 350 € en moyenne par habitant et par an. La région capitale, qui compte environ 19 % de la population, apparaît ainsi particulièrement impactée par le bruit en concentrant 28 % des coûts liés aux nuisances sonores dans le pays.

Cette étude a permis de mettre un coût sur les années de vie en bonne de santé perdues du fait du bruit des transports et de proposer des estimations monétaires pour les autres impacts du bruit : dépréciation immobilière, pertes de productivité, conséquences économiques des troubles d’apprentissage, impacts sanitaires des bruits de voisinage…

L’évaluation conduite au niveau de l’Île-de-France établit que les coûts occasionnés par les bruits liés aux transports représentent 6,9 milliards d’euros par an, soit exactement le tiers du coût estimé des bruits des transports pour la France entière (20,6 milliards d’euros par an). Les coûts associés correspondent, pour 58 % d’entre eux -soit pour 4 milliards d’euros par an, - à la valorisation économique des années de vie en bonne santé perdues chaque année du fait des troubles du sommeil, de la gêne ou des risques cardiovasculaires accrus, et pour la partie restante (42 %) aux coûts engendrés par les dépréciations immobilières (2,2 milliards d’euros par an), les pertes induites de productivité (600 millions d’euros par an) et les troubles de l’apprentissage (100 millions d’euros par an).

Avec un coût de 4,3 milliards d’euros par an, soit 22 % du coût pour la France entière, l’impact du bruit en milieu professionnel apparaît également comme un enjeu de taille en Île-de-France. Les conséquences comprennent la surdité professionnelle et le coût des accidents du travail liés au bruit (masquage des signaux d’alerte, détournement d’attention), de l’ordre de 300 millions d’euros par an, et surtout la perte de productivité (baisse de performance dans les tâches cognitives, dégradation de la satisfaction au travail, perte de concentration) qui est à l’origine d’un coût très élevé pour les entreprises (4 milliards d’euros par an). Une étude de Malakoff-Médéric indique que 58 % des salariés en France se disent exposés aux bruits, soit environ 14 millions de personnes. 80 % de ces salariés se plaignent d’être fatigués nerveusement et physiquement par ces bruits.

Les conséquences financières du bruit en milieu scolaire, en supposant que 20 % des décrochages sont liés aux nuisances sonores, seraient, quant à elles, de l’ordre de 1,3 milliard d’euros par an, soit 21 % des coûts nationaux pour ce poste.

Enfin, le coût des impacts sanitaires des bruits de voisinage (bruits des voisins et bruits des équipements au sein des logements), qui figurent comme la source de gêne sonore citée prioritairement par 43 % par les Franciliens contre 45 % pour le bruit des transports (source : sondage Ifop pour MEDDE, 2014), a pu être extrapolé, à titre indicatif, à 3,7 milliards d’euros par an, soit 32 % des coûts nationaux.

Part de l’Île-de-France dans les coûts nationaux

Bien que reposant parfois sur des estimations qui mériteraient d’être affinées, ces travaux permettent pour la première fois d’évaluer l’ordre de grandeur du coût social du bruit en Île-de-France, en tenant compte de la diversité des expositions et de leurs effets. En agrégeant des coûts de nature très différente (coûts des impacts sanitaires, coûts de dépréciation immobilière ou pertes de productivité au travail), la facture obtenue de 16,2 milliards d’euros par an apparaît comme très lourde. Il faut rester d’autant plus prudents sur cette estimation que l’approche méthodologique retenue n’a pas permis de quantifier le coût de certaines nuisances telles que le bruit dans les moyens de transport, le bruit subi lors des loisirs ou les effets cumulatifs des expositions, faute de données suffisantes.

Cette évaluation permet de donner de la lisibilité à une nuisance vivement ressentie par les Franciliens. Elle permet surtout de mettre en balance les externalités négatives des pollutions sonores avec le coût financier des mesures d’atténuation du bruit connues et éprouvées (par exemple, revêtements routiers phoniques, murs anti-bruit, isolement de façade, traitement acoustique des bâtiments scolaires, d’habitation, ou de santé…) et les bénéfices sociaux qui pourraient en découler (ex. diminution de la gêne et des troubles du sommeil liés au bruit des transports).

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